Conseil municipal du 3 décembre : intervention de Tristan Lahais
5 décembre 2018
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Au conseil municipal de septembre, mon collègue Hubert Chardonnet s’était exprimé en évoquant la prise de conscience, qui progressait dans notre société, de la nécessité d’un changement d’échelle des politiques mises en œuvre pour lutter contre le réchauffement climatique, témoignant plus singulièrement des nombreuses expressions entendues au cours d’un été particulièrement chaud.

Nous le disions alors, la gravité des questions posées exigeait que l’on intervienne vite, avant qu’il ne soit trop tard, les conséquences de l’inaction pouvant être fatales à toute ou partie de l’humanité à horizon de la fin du siècle.

Ce chemin, dont nous disons qu’il est celui de transitions, d’un modèle de développement à l’autre, ne connaît pas d’analogies historiques, utiles pour éclairer la décision politique. Jamais dans l’histoire contemporaine, aucun projet politique ne s’est donné pour ambition un si long terme avec une telle exigence d’agir à court terme. Et il va par ailleurs sans dire que cette ambition n’est nullement en accord avec les lames de fond d’une société de l’instantané et du direct, au détriment des projets politiques de long terme, auxquels d’aucuns préfèrent y substituer storytelling et communication.

Mais ce chemin, ces défis, notre époque nous y oblige. Il n’y a pas de planète B, selon l’expression consacrée par Ban Ki-moon,  et tous nos combats, quels qu’ils soient (pour plus de culture, de liberté, d’égalité, de démocratie, que sais-je?) seront perdus, et donc insignifiants, si nous ne gagnons pas cette bataille. Les accusations de catastrophisme ne résistent pas à l’analyse lucide de la situation : oui, la catastrophe peut advenir. Et en pareille circonstance, la radicalité n’est pas une option, elle est la seule politique raisonnable possible.

Ces préalables exposés, et revenant à l’actualité hexagonale, nous ne pouvons que condamner l’action et la parole d’un gouvernement qui, au mieux, relègue ces défis au rang d’élément de langage, le fameux « Make the planet great again », comme la faiblesse des perspectives annoncées tout récemment pour l’éolienne en mer viennent tristement le confirmer,  au pire l’exploite à des fins bassement budgétaires, comme c’est le cas avec la taxe carbone, nous y venons, dont le produit ne servira que marginalement à la transition énergétique. Nous venons d’ailleurs d’apprendre que ni le Président de la République, ni son Premier ministre n’avaient prévu de se rendre à la COP 24…

Mais le voile était d’ailleurs levé plus tôt sur l’hypocrisie d’une politique trop insuffisante et parfois contradictoire, le 28 août dernier, avec la démission de Nicolas Hulot. Hélas, cette mise en cause n’interrogeait pas les seules politiques environnementales du gouvernement,  venant en définitive jeter le doute sur une politique d’ensemble, marquée par la discordance du discours et des actes. Ainsi, et contrairement aux éléments de langage que se passent les membres d’une majorité aux abois, l’absence d’adhésion à la politique gouvernementale n’est pas le fait d’un manque de pédagogie, mais au contraire d’un déficit de cohérence, que perçoit très bien une partie substantielle de nos concitoyens.

Si rien ne saurait justifier les violences, dont les auteurs viennent salir l’action d’une majorité de manifestants que l’on peut considérer pour sincères et pacifiques, le mouvement dit des « Gilets jaunes » est  fondamentalement une réaction imprévue à l’accumulation de décisions d’une grande injustice sociale et dont l’écologie n’est malheureusement que le prétexte.

Injustices fiscales d’abord, puisqu’au nom du ruissellement, l’une des premières décisions du gouvernement fut de supprimer l’ISF, dont le produit manquant aux caisses de l’État est aujourd’hui estimé autour de 5 milliards € (pour mémoire le budget de l’État consacré à la culture est, en 2018, de 2,9 milliards €, celui de l’aide publique au développement, de 2,7 milliards €, ou encore celui de la Justice, 8,7 milliards €). Si nous ne pouvons souscrire à un discours anti-impôts et anti-taxes, nous ne pouvons que dénoncer une politique qui légitime ce dernier, en demandant à certains de payer davantage pour financer les exonérations des plus riches.

Prétexte écologique ensuite, parce qu’au-delà des supercheries budgétaires que représente l’affectation du produit de la peut-être future taxe carbone, dont seulement 20% serait destiné aux politiques de transitions énergétiques, il y a quelque chose de faux et d’infiniment dangereux à circonscrire le champ d’une fiscalité dite écologique au seul usage de la voiture individuelle.

Premièrement, parce que nos capacités sont inégales à utiliser des transports en commun de qualité, selon les territoires dans lesquels nous vivons. Une fiscalité sur les carburants, pour être légitime, devrait non seulement faire l’objet d’un plus grand accompagnement social, mais également d’une ambition nouvelle pour le développement d’infrastructures de transport propre. Mais prétexte écologique surtout,  en raison du mensonge que constitue la désignation pour responsable du réchauffement climatique, ceux de nos concitoyens qui ont besoin de leur voiture pour se rendre au travail, habitent en périphérie des villes ou dans les campagnes. Pense-t-on sérieusement que ce sont eux, les responsables du réchauffement climatique ?! Ceux auxquels on a dit hier qu’ils pouvaient accéder à des pavillons à 30 kms des villes et que l’on voudrait désigner aujourd’hui pour responsables d’un modèle de développement territorial longtemps encouragé par les pouvoirs publics ? Ca n’est ni juste, ni sérieux.

Pendant sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait volontiers confondu la recherche du juste milieu avec le rassemblement des contraires que représentait le slogan du « en même temps ». Pourtant, pour quiconque a suivi quelques cours élémentaires de philosophie, chacun sait depuis Aristote que le juste milieu n’est pas nécessairement une position située à égalité de distance de deux extrêmes ou de deux philosophies politiques. La recherche du juste milieu, de l’excellence ou de la vérité, est d’abord celle d’une cohérence de l’action. Le « en même temps » du Président de la République en manquait cruellement, n’ayant pour seule feuille de route qu’un libéralisme anachronique, d’avant la crise financière et d’avant la crise environnementale, et la recherche d’une opinion centrale, plus petit dénominateur commun favorable  à son élection. Le disait-il lui-même d’ailleurs, « l’important ça n’est pas le programme », résumant son élection à un vote de circonstances, aux antipodes d’une adhésion à un chemin qui n’était pas tracé.

La crise qui traverse aujourd’hui l’exécutif nous le rappelle pourtant avec vigueur : l’exercice du pouvoir ne s’improvise pas. Avoir pour seul dessein d’être en accord avec l’opinion, vouloir être dans le vent, c’est prendre le risque qu’il ne se retourne, et d’avoir pour destin celui  des feuilles mortes, comme le deviennent jour après jour les feuilles de route du gouvernement. Nous dit-on au 1er jour que le mouvement des « Gilets Jaunes » est-il strictement minoritaire, manipulé par les chemises brunes, au 2ème jour, que les propositions de sorties de crise formulées par les organisations syndicales sont nulles et non advenues, et au 3ème, qu’il faut comprendre et écouter, avant de résumer, au 4ème, ce mouvement aux seules dérives d’une fachosphère opportunément agissante. Il n’y a rien à comprendre.

Aucun républicain ne saurait se réjouir de ces fragilités. Elles aggravent le sentiment d’une distance entre le pouvoir et une partie de la population et interrogent l’appartenance à une communauté de destin, indissociable de l’exercice légitime des responsabilités. Cette fracture n’est pas une fatalité, elle le symptôme d’inégalités insupportables auxquelles nous nous devons d’apporter des réponses.

Sur la méthode d’abord, il n’est pas concevable qu’au 21ème siècle, alors que l’instruction, le savoir et l’information n’ont jamais été autant partagés, le pouvoir soit à ce point concentré, le Président de la République ayant délibérément pris le parti du contournement des corps intermédiaires pour organiser un dialogue exclusif avec l’opinion. Le refus de la main tendue par Laurent Berger est, à cet égard, tristement symptomatique. Et le piège se referme aujourd’hui avec l’égal danger que constitue un discours voulant délégitimer toute forme de confrontation  démocratique au nom d’une position centrale que seuls les extrêmes pourraient mettre en péril.

À contrario donc, la raison voudrait que l’immensité des défis qui se présentent à nous mobilise la société toute entière, faisant le pari de l’intelligence et de la responsabilité. Non pour accompagner des décisions prises par le seul pouvoir politique mais pour permettre l’avènement de solutions adaptées à un monde complexe, que l’association des acteurs représentatifs permettrait de mieux appréhender. Organisations syndicales, associations de l’éducation populaire ou de la solidarité, ONG, élus locaux… les légitimités sont aussi étendues que la réalité de nos capacités à changer le monde sont diffuses et exigent une mobilisation horizontale davantage qu’une verticalité du verbe, en définitive trop impuissante et dont les gesticulations finissent par mettre à mal nos institutions.

Sur le contenu des politiques à engager, la crise des « Gilets jaunes » nous rappelle que ne peuvent être dissociées plus longtemps les questions environnementales de celles relatives à  la justice sociale. Si le péril nous invite à plus de sobriété, c’est d’abord à ceux qui consomment le plus des ressources de la planète que doivent être demandés les efforts (pour notre information, un seul aller/retour Paris New-York consomme davantage, par passager, que le coût moyen annuel du chauffage d’un domicile en France ou que 6 mois de transport en voiture d’un trajet domicile/travail équivalent à 50 kms/jour). Plus fondamentalement, l’ajustement de cette crise ne saurait être réalisé par la mise sous contrainte du plus grand nombre, pour la préservation de la capacité à consommer du plus petit. À cet égard, le débat sur l’impôt est fondamental. Dans une époque où les inégalités primaires, avant redistribution, ne cessent de croître, dénoncer son principe reviendrait à aggraver les inégalités par ailleurs dénoncées. De même, l’importance des défis cités appelle-t-elle la mobilisation de moyens que les seules initiatives privées ne peuvent pas satisfaire, au hasard l’investissement dans les filières de l’économie verte et bleue, la rénovation des logements, le développement du transport sobre ou encore les mutations de nos systèmes agricoles, j’en passe. Mais faut-il encore que l’impôt soit juste, proportionnel et progressif, et qu’il ne donne le sentiment de peser lourdement sur le budget de ménages déjà étriqués, là où il ne vient que diminuer l’épargne des plus riches, ou au contraire l’augmenter comme c’est le cas des décisions fiscales de l’actuelle majorité. En définitive, ce qui est demandé porte un nom, celui d’Égalité,  et nous avons la conviction que l’impôt en est un instrument.

Dans l’immédiat, il devient dorénavant urgent que le gouvernement suspende cette mesure et ouvre la voie à des négociations avec les représentants de ce mouvement, comme avec les organisations syndicales représentatives et en associant les groupes parlementaires de l’opposition. En situation de conflit, il n’existe en effet d’autres voies possibles que celle du dialogue, sauf à jouer un pourrissement dont  chacun peut mesurer les effets délétères pour notre démocratie.

Notre majorité municipale, plurielle, ne s’est pas construite sur un slogan, le « en même temps » du vide, mais sur un programme d’actions qui dessine une perspective pour Rennes, écologique et EN MEME TEMPS social.

Écologique parce que la Ville, n’ayons pas peur des mots, a  décidé d’accélérer, tout au long de ce mandat, les actions et investissements nécessaires à une cité décarbonnée. C’est bien entendu le cas avec le métro, j’y reviendrai, mais c’est également le fait de politiques nouvelles, sur le terrain de l’énergie, de la place de la nature en ville ou encore des actions menées à l’école qui marquent la singularité d’un mandat, tournant dans l’histoire de cette ville.

Ainsi, pour ce qui concerne l’alimentation électrique (Monsieur Guilottin),  nous sommes nous donnés pour objectif de développer largement le photovoltaïque afin que 100% des bâtiments municipaux soient alimentés en électricité durable en 2020 (70% actuellement) et 100% en électricité haute qualité environnementale en 2030. Pour ce qui concerne le chauffage de notre patrimoine, l’objectif est fixé à 50% des consommations de chauffage des bâtiments municipaux en énergies renouvelables issues des réseaux de chaleur urbains en 2030 (27% actuellement).

Nous pourrions également ajouter aux efforts conduits en direction de la transition énergétique du patrimoine public, la politique volontariste menée à l’endroit du logement social, que le gouvernement fragilise malheureusement, ou encore en direction des copropriétés menacées dans le centre-ville (Monsieur Le Bougeant). Si notre intervention extralégale ne poursuivait initialement pas un objectif à proprement parler écologique, la réhabilitation du centre ancien y contribue assurément.

Au chapitre des enjeux posés par la crise environnementale, chacun prend également conscience de la nécessité d’un plus grand soin à apporter à ce qui nous entoure, que traduit par exemple l’attention portée à la propreté dans la ville. Non qu’elle fut plus propre hier qu’elle ne l’est aujourd’hui, mais que la sensibilité commune progresse. C’est pareillement le cas s’agissant de la place réservée à la nature en ville, aux arbres, au fleuve, à la biodiversité. Là aussi, des engagements forts ont été pris par l’adoption d’un nouveau plan local d’urbanisme (Monsieur Semeril) qui fixe, pêle-mêle, l’objectif d’une progression de 15% des espaces verts dans la ville, l’ouverture d’un parc de 30 hectares d’espaces verts, aux prairies saint martin, l’adoption d’un coefficient de biotope qui préservera de la pleine terre sur chaque parcelle constructible, la poursuite d’une politique ambitieuse de plantation d’arbres à Rennes ou encore qui se donne l’ambition d’une place nouvelle rendue à la Vilaine dans l’urbanisme rennais.

Il me serait possible de poursuivre l’inventaire des actions initiées qui témoignent de notre engagement dans le combat pour l’environnement. Mais plutôt qu’un inventaire à la prévert, il me paraît utile de souligner deux types d’interventions qui manifestent notre volonté d’engager plus largement un territoire et sa population. Dans nos écoles, premièrement, où avec le plan alimentaire durable récemment adopté (Mesdames Briero et Noisette), nous proposons non seulement une alimentation saine, sans OGM ni huile de palme, mais également issue des productions agricoles locales (20 % de denrées alimentaires biologiques et 20 % de denrées produites durablement d’ici 2020). Surtout, nous entendons là participer d’une sensibilisation collective au changement de regard sur l’alimentation, par exemple en proposant un menu végétarien par semaine depuis janvier 2018, considérant la place trop importante que prend la viande dans notre alimentation, au passage 1er responsable mondial d’émission de gaz à effet de serre. Avec les associations, d’autre part, et singulièrement avec le monde des arts, de la culture et du spectacle (Monsieur Careil) où nous avons conditionné nos aides à l’adoption de pratiques éco-responsables, de lutte contre le gaspillage notamment.

Aussi modestes soient nos moyens devant l’immensité des défis, nous nous y engageons donc résolument. Mais c’est avec la même détermination que nous nous battons pour une transition qui ne laisse personne de côté, pour la construction d’une ville simultanément modèle d’un développement urbain sobre et solidaire. EN MEME TEMPS écologique et social. Nulle part ailleurs en France, dans aucune ville de notre strate, il n’est possible d’accéder aussi rapidement au logement social, comme en témoigne l’absence de recours DALO sur notre territoire (Monsieur Puil et Madame Condolf). La mise en place de la Carte Sortir (Monsieur Bourcier) permet concrètement l’accès au sport, à la culture et aux loisirs pour nombre de personnes et de foyers qui n’en auraient pas autrement les moyens. Enfin, au titre des actions innovantes, simultanément empreinte d’écologie et de solidarité, citons les efforts menés par la collectivité eau du bassin rennais (Monsieur Nadesan) pour améliorer sensiblement la qualité de l’eau potable tout en assurant l’égal accès de tous à une ressource de première nécessité, un bien commun (gratuité des 10ers m3 et mise en place du chèque eau contre la précarité).

Pour conclure, permettez quelques mots sur la méthode. Notre conviction est celle que pour agir, il faut dorénavant faire avec, et non faire exclusivement pour ceux que l’on prétend représenter. C’est le cas avec la démarche Rennes 2030, comme ça l’est également lorsque nous ambitionnons la mise en place d’une société de projet pour l’énergie, réunissant entreprises, chercheurs et habitants. Notre volonté c’est celle d’un territoire apprenant, comme la mise en œuvre, concrètement, du budget participatif nous y invite : collectifs d’habitants, élus, techniciens, partagent leurs savoirs faire, leurs compétences et apprennent communément à bâtir la ville de demain. Cette conception intelligente de la démocratie vaut mieux que mille tribunes, appelant ici à l’autorité d’un chef, là à l’organisation permanente de référendums pour seuls recours aux crises que connait notre démocratie. Rappelons-le, jamais le métro, investissement durable s’il en est, n’aurait pu être fait s’il avait fallu résumer la démocratie aux diktats de l’opinion. Ni davantage nous ne saurions intelligemment développer les modes de transport doux, le vélo par exemple (Madame Rault), sans le concours des associations. Cette conception de la démocratie est certes plus exigeante, elle est aussi, nous en avons la conviction, la seule qui puisse la préserver.